Von Babyrobben, Löwen und Gazellen

The article below (in German) is written by Julia Kofler, Language Rich Project Manager in Belgium. On 21 March, she went to hear Professor Louis-Jean Calvet speak on the subject of language policy today at a lunchtime conference organised by Alliance Française in the European Parliament.

Les politiques linguistiques aujourd’hui – Die Sprachenpolitik heute

Eine Mittagspause mit Louis-Jean Calvet im Europäischen Parlament, organisiert von der Alliance Française und der Organisation Internationale de la Francophonie

Das Foto, welches auf der Einladung zur Konferenz abgebildet ist, zeigt einen nachdenklichen, fast streng blickenden Herrn in blauem Hemd und grauen Haaren. Ob das einer gelungenen Mittagspause zuträglich ist? Professor Calvet ist, erfreulicherweise, gar nicht der doktrinierende Dozent des Vorlesesaals früherer Unistunden, nein, Professor Calvetss Vortrag war, nach einer zähen Einleitung der Organisatoren, überaus unterhaltsam und, sprachlich gesehen, äusserst bilderreich.

Autor des Buches « La guerre des langues », Louis-Jean Calvet, ehemaliger Professor der Soziolinguistik an der Pariser Sorbonne und nun Professor an der Universität der Provence, ist ein Vertreter und Verfechter der Mehrsprachigkeit und untersucht das Verhältnis zwischen – und jetzt auf französisch : le discours linguistique et le discours colonial sur les langues, puis les liens entre langue et pouvoir. Oder: das Verhältnis zwischen Sprache und Macht folgend dem Sprachendiskurs und dem Kolonialdiskurs über Sprachen.

Louis-Jean Calvet ist auch Autor des französischen Language Rich Europe Essays und weiters Erfinder des « Barometre Calvet des Langues du Monde », welches auf der Website www.portalingua.info getestet werden kann. Die französische Zeitung l’Express titelt hierzu : « Louis Jean Calvet a invente un barometre des langues », und erklärt:

Si l’on parle souvent de l’importance d’une langue en terme de nombre de locuteurs, Calvet démontre que ce n’est pas forcément le facteur le plus important. Si l’on enlève ce facteur, certaines langues bien placées, comme le mandarin qui est en tête si l’on ne prend en compte que ce facteur, voient leur position dégringoler dans le classement et d’autres facteurs, comme la pénétration d’Internet, peuvent permettre à des langues peu parlées comme le suédois, d’arriver en tête du classement. (http://www.lexpress.to/archives/6008/)

Die Website und der Barometer wurde von Professor Calvet zusammen mit seinem Bruder, von Beruf Mathematiker und Statistiker, entworfen. Ein Dream-team also, das Sprachenpolitik und-gebrauch effizient und benutzerfreundlich darzustellen vermögt. So wurden während des Vortrags Elemente wie “competition par exploitation” und “competition par interference” vorgestellt, wobei man sich Ersteres vorstellen muss wie – Achtung, jetzt kommt die erwähnte Bildersprache- eine Wasserstelle in der Afrikanischen Steppe. An dieser besagten Wasserstelle trinken gerne Gazellen, aber nur, wenn nicht gerade ein Löwe dasselbe zu tun gedenkt. Die Gazellen sind zwar vorsichtig, aber die Präsenz des Löwen vertreibt sie nicht vollkommen, nein, es ist vielmehr so, dass die Steppenbewohner nebeneinander lebend ein Equilibrium gefunden haben. Genauso verhält es sich mit dem “modèle gravitationnel”, wo dominierenden Sprachen – auch hyperzentrale Sprachen genannt ( z.B. Englisch und superzentrale (z.B. Französisch) und periphäre Sprachen (Korsisch) ko-existieren ohne sich negativ zu beeinflussen. Deswegen, so Professor Calvet, ist es von wenig Nutzen, superzentrale und periphäre Sprachen zu verteidigen “comme les bebes phoques (wie Babyrobben), es mache vielmehr Sinn, ein Gleichgewicht aller Sprachen anzustreben. Wie das gemacht werden kann und welche Faktoren dabei zählen, kann man selbst am Sprachbarometer testen.

Um nun auf die Frage der gelungenen Mittagspause zurückzukommen, ja, es waren zwei gut genutzte Stunden, der Geist wurde genährt, nur der Magen kam zu kurz.

17 ème edition de la Semaine de la langue française et de la francophonie

Today’s post by our Language Rich Europe partners in France, the Délégation générale à la langue française et aux langues de France, is an article about an event which they organise every year in March for a week to celebrate the French language in France and in francophone countries. Please read the first two paragraphs of the article below and the whole article online (in French).

Pour le trois centième anniversaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, l’auteur des Confessions, cette Semaine fait une large place à une oeuvre marquée par l’expression de la subjectivité, dans la sincérité et les masques de l’écriture. D’où le choix de dix mots illustrant chacun le registre de l’intime afin que le public s’en empare pour dire ce qu’il a sur le cœur

Cette année, la thématique de cette semaine de la langue française et de la francophonie s’élabore autour de « Dis-moi dix mots qui te racontent » : âme, autrement, caractère, chez, confier, histoire, naturel, pendant, songe et transport. Ces dix mots choisis autour d’une thématique définie par le ministère de la Culture et de la Communication et ses partenaires francophones (Québec, Belgique, Suisse et Organisation internationale de la Francophonie) invitent le public à jouer, créer, écrire, chanter, slamer, déclamer, chuchoter, bloguer, filmer et surtout à s’enflammer pour la langue française. Pour cela rien de plus simple, il suffit de se rendre sur le site www.dixmotsdixblogueurs.fr spécialement créé pour l’événement et d’y insérer votre participation tout en n’oubliant pas de se baser sur l’un (ou plusieurs) des dix mots de l’année.
Autre idée pour ceux qui aiment jouer avec les mots, un concours chaque mercredi à 18 heures pile sur la page facebook : Dis-Moi Dix Mots, où sera dévoilée l’énigme de la semaine qui est, bien entendu, en corrélation avec ces dix mots. A vos claviers…

Dix mots en vidéo
De nombreux courts métrages sont réalisés à l’occasion de la Semaine : libres de droit, ils sont accessibles sur la plateforme vimeo : http://vimeo.com/user9644720. Tout au long de l’année, des jeunes en France et à l’étranger réalisent des films sur téléphone portable autour des 10 mots dans le cadre d’ateliers. À l’occasion de la Semaine, un concours invite le plus grand nombre à produire des films courts à partir des dix mots. La date limite de participation au concours est le 5 mars. Renseignements : info@quidam.fr. ou www.filmerlesmots.fr.
Sont offerts aussi à votre imagination dix proverbes contenant chacun l’un des dix mots 2012. Mettez-les en scène, sans jamais révéler le proverbe choisi, et réalisez un film de deux minutes tout au plus. Un jury composé notamment du critique Jean-Michel Frodon et de l’écrivain François Bégaudeau récompensera les meilleures contributions. Renseignements : http://les-proverbes.fr/lesconcours/saison-quatre. Sans oublier la fameuse et humoristique dictée du professeur Rollin pour se tester en solo sous le regard de son ordinateur, sur le site www.dismoidixmots.culture.fr.

Les langues dans les entreprises: récit d’une petite révolution copernicienne

Today’s blog by our Language Rich Europe partner in France, the Observatoire européen du plurilinguisme, is taken from their May-June newsletter and looks at languages in business. Translations are available in German, English, Spanish, Greek, Italian, Portuguese, Romanian and Russian  on-line.

Traductions en allemand, anglais, espagnol, grec, italien, portugais, roumain et russe accessibles en ligne

Il y a parfois des évolutions profondes auxquelles on ne fait pas attention. C’est le cas de la manière d’aborder la question des langues dans les entreprises.

La grande idée reçue, largement reprise dans le discours politique et journalistique, se réduit souvent à cela: pour faire des affaires à l’international, on a besoin d’une seule langue et cette langue, c’est l’anglais. Pas besoin d’investir dans d’autres langues moins diffusées, tout le monde parlant anglais, il est plus économique d’investir sur cette langue et sur elle seule. D’ailleurs si tout le monde parlait la même langue, on se comprendrait beaucoup mieux. Les langues sont des obstacles aux échanges. Pour faciliter le commerce, il faut imposer la langue unique.

Bien que simplistes, ces idées n’en sont pas moins largement partagées dans le corps social de la plupart des pays européens. Or, comme disait Einstein, “il est plus difficile de détruire un préjugé qu’un atome”.

Les études pourtant commencent à se multiplier qui montrent que l’anglais ne suffit pas, selon l’heureuse expression de l’ancien commissaire européen chargé du multilinguisme, Leonard Orban.

Progressivement, ces études changent fondamentalement la manière de traiter la question linguistique en entreprise, conduisant à une inversion complète de la perspective, petite révolution copernicienne en quelque sorte.

C’est fin 2006 que paraît le rapport ELAN, commandé par la Commission européenne à un centre de recherche britannique, qui révèle que les défauts de compétences en langues font perdre des affaires aux entreprises européennes. On peut discuter des ratios calculés. Constater en effet que 11 % des entreprises disent perdre des marchés à cause d’insuffisance en langues, ne nous dit pas le volume d’affaires impacté, mais on devine qu’il est très important.

En 2008, un nouveau rapport est publié sous l’égide de la Commission européenne à l’issue d’un Forum des entreprises pour le multilinguisme par un groupe de dirigeants d’entreprises et d’experts sous la présidence d’Etienne Davignon. Sous le titre “Les langues font nos affaires”, ce rapport confirme les conclusions du rapport ELAN, appelle l’attention sur le risque de perte de compétitivité par rapport aux pays émergents qui investissent massivement dans les langues et conclut à la nécessité de promouvoir des politiques de promotion du multilinguisme à tous les niveaux des chaînes décisionnelles publiques et privées depuis les gouvernements jusqu’aux petites entreprises. Elles peuvent consister, par exemple, à investir dans la formation linguistique, employer du personnel de langue maternelle différente et assurer une bonne communication multilingue par Internet.

En Suède, une étude comparative  a pu établir une corrélation entre politiques linguistiques et performances à l’exportation. Cette étude conduite sur des échantillons d’entreprises suédoises, allemandes et françaises, a conclu que les entreprises allemandes, qui avaient le plus développé des compétences en langues diversifiées, avaient de meilleures performances à l’exportation que les entreprises suédoises beaucoup plus polarisées sur une seule langue, les entreprises françaises se trouvant en situation intermédiaire.

En Suisse, des études menées notamment sous la direction de François Grin, font apparaître que si la Suisse devait se priver de ses compétences plurilingues, elle serait appauvrie d’environ 9 % de son PIB.

Parallèlement le projet DYLAN (Dynamique des langues et gestion de la diversité, 2006-2011) rassemble une grande quantité d’observations qui font apparaître entre les philosophies d’entreprises, les représentations des acteurs et les pratiques quotidiennes des réalités infiniment plus complexes que tout ce que l’on pourrait supposer d’entreprises qui font parfois du tout anglais un marqueur d’identité exclusif quasi sacré. D’autres équipes managériales ont des orientations opposées faisant d’un plurilinguisme flexible et à géométrie variable, n’excluant évidemment pas l’anglais, le fondement de stratégies mondiales pertinentes. Une première étude publiée par l’équipe de l’Université de Bâle sous la direction de George Lüdi est à cet égard très éclairante.

Nous disposons par ailleurs d’enquêtes menées sur des régions déterminées, ainsi en Lorraine, en Alsace et en Catalogne, qui nous montrent comment les entreprises s’insèrent dans des réseaux de proximité et des réseaux mondiaux, dans lesquels les langues seront un instrument incontournable, une forme d’adaptation au milieu par rapport auquel l’anglais apporte une réponse partielle mais ne couvre absolument pas tous les besoins.

Le Rapport au Parlement sur l’application de la loi du 4 aout 1994 comporte également des informations très intéressantes sur les politiques et les pratiques développées dans de grandes entreprises internationales en France.

On pourrait croire que ce genre de considération ne concerne que les pays non anglophones. Il n’en est rien. Au Royaume-Uni, on s’inquiète sérieusement des conséquences du déclin de l’apprentissage des langues vivantes. La fascination pour un monde monolingue et monoculturel, dont le déclin des langues vivantes est un symptôme, est à la fois insensé et source d’une profonde inquiétude des plus hautes institutions éducatives et du patronat britannique. La dernière étude réalisée à la demande de la Confederation of British Industry a conclu que les langues dont les entreprises ont le plus besoin sont en priorité le français, l’allemand et l’espagnol, suivis du polonais et du chinois. Aujourd’hui, le British Council a pris l’initiative, avec de nombreux partenaires dont l’OEP, d’un projet européen, Rich Langage Europe-L’Europe riche de ses langues, dont l’objectif est de développer le multilinguisme (plurilinguisme) en Europe, y compris bien sûr au Royaume-Uni.

La Commission européenne a intégré toutes ces tendances profondes de la société européenne qui bouleversent les idées reçues. Déjà, la communication de la Commission européenne de 2008 Multilinguisme : un atout pour l’Europe et un engagement commun comportait des orientations qui exigeront encore des années avant d’être traduites dans les faits, d’autant qu’elles nécessitent la détermination des gouvernements nationaux qui fait souvent défaut, ceux-ci signant parfois des résolutions comme par distraction et s’employant à faire le contraire de ce à quoi ils se sont engagés.

La Commission européenne a ainsi opéré une petite révolution copernicienne dans la manière de traiter la question des langues dans l’entreprise, en cessant de considérer les langues comme des obstacles aux échanges, mais plutôt de prendre les peuples tels qu’ils sont, de respecter la diversité des langues et des cultures même quand on a affaire aux consommateurs et aux  travailleurs, et de voir dans la diversité linguistique et culturelle une richesse tout à fait considérable à intégrer dans les stratégies d’entreprises, ce dont beaucoup savent parfaitement jouer aujourd’hui.

A cet égard le projet CELAN (réseau pour promouvoir la compétitivité et l’emploi par des stratégies linguistiques), dans lequel l’OEP est engagé, est exemplaire. Sur la base d’une meilleure connaissance des pratiques linguistiques des entreprises et surtout de leurs besoins, il vise à mettre à leur disposition des ressources pour que les langues deviennent pour elles un avantage compétitif.

Au delà de l’aspect économique, qui peut apparaître à certains réducteur, les implications civilisationnelles sont considérables.

A lire :

Le plurilinguisme en entreprise: portrait de l’Oréal

The second article by our Language Rich Europe partner the Observatoire européen du plurilinguisme explores the topics of diversity and multilingualism in connection to enterprise, and in particular to L’Oreal. This is particularly relevant as last week was the European SME (small and medium-sized enterprises) Week 2011. 

Translations in German, English, Spanish, Greek, Italian, Portuguese, Romanian and Russian are available on-line. Traductions en allemand, anglais, espagnol, grec, italien, portugais, roumain et russe accessibles en ligne.

Il est un peu difficile de parler d’une entreprise en particulier. Par ailleurs, il n’est pas simple de parler du plurilinguisme au singulier tant les contextes et les profils sont différents. Enfin, comment dire qu’une entreprise est plurilingue quand le terme n’apparaît pas en tant que tel dans les documents officiels ? Pourtant, nous allons le faire pour L’Oréal, et peut-être pour d’autres dont le profil répond à certains critères les faisant entrer dans l’univers des entreprises plurilingues.

De manière un peu brutale, nous pourrions dire qu’est plurilingue toute entreprise internationale qui n’a pas affiché une volonté de monolinguisme et/ou ne le pratique pas.

De manière plus positive, nous dirons qu’une entreprise plurilingue adhère à des valeurs qui sont celles du plurilinguisme sans nécessairement afficher une politique linguistique explicite.

Pour faire très bref, L’Oréal a reçu en 2010 le label “Diversité”, et à propos de cet axe fort de la société qu’est la politique de diversité, Jean-Paul Agon, Président-Directeur Général, exprime de la manière la plus claire des valeurs qui sont exactement celles qui sont à la base du plurilinguisme : “Aujourd’hui le monde dans lequel nous vivons et travaillons est de plus en plus diversifié. Un monde d’individus d’horizons culturels et ethniques variés, ayant des styles, des perspectives, des valeurs et des croyances différentes. Un effectif diversifié dans toutes les fonctions et à tous les niveaux de l’entreprise renforce notre créativité. Nous comprenons mieux nos clients et pouvons ainsi développer et commercialiser des produits en phase avec leurs attentes.”

Par ailleurs, le groupe a adopté une Charte éthique qui s’adresse à tous les salariés de l’entreprise et à toutes ses filiales dans le monde. Cette Charte a été traduite en 43 langues, ce qui est significatif du fait que, contrairement à certaines entreprises qui dans les années 80 ont voulu, sur la vague de la mondialisation, se construire une identité sur une langue unique, modèle qui semble aujourd’hui plutôt archaïque, le groupe L’Oréal a construit son identité sur des valeurs et non sur une langue dite internationale.

 

Soft power et plurilinguisme européen

This week we have two guest posts from our Language Rich Europe partner in France, the Observatoire européen du plurilinguisme. The first article discusses soft power and a plurilingual Europe. Translations in German, English, Spanish, Greek, Italian, Portuguese, Romanian and Russian are available on-line. Traductions en allemand, anglais, espagnol, grec, italien, portugais, roumain et russe accessibles en ligne.

L’été s’éloigne, l’odeur des barbecues aussi. Mais qui sait que le mot barbecue, dérivé du mot barbaque, nous viendrait d’une langue amérindienne d’Haïti via l’anglo-américain pour désigner le dispositif pour fumer la viande et la viande elle-même ? Ceci pour dire que les mots circulent comme les oiseaux ou les abeilles, et que cette circulation qui enrichit les langues et les cultures tout en jettant des ponts entre elles, sont une partie essentielle de l’écologie linguistique mondiale. Accepter les mots de l’autre, c’est une manière d’accepter l’autre. L’autre élément fondamental de l’écologie linguistique, c’est tout simplement la créativité interne des langues qui, en tant que regard sur le monde ne cesse d’évoluer avec la vision qu’on en a. Mais c’est une autre histoire. Cesser d’inventer des mots nouveaux est un signe avant-coureur d’un déclin prochain.

Dans son célèbre livre L’aventure des mots français venus d’ailleurs (1997), Henriette Walter fournissait des centaines d’exemples de cette écologie linguistique, et il est intéressant de noter que les emprunts ne sont pas toujours durables et suivent parfois les effets de mode. Elle citait pour le français de nombreux exemples de mots d’origine anglaise pourtant récents mais aujourd’hui passés de mode tels que, fashionable, surprise-party, babies, kids, drink, ice-cream, milk-bar, smart…

Beaucoup d’autres n’auront qu’une pénétration limitée et relèvent davantage du jargon professionnel.

Mais si les emprunts linguistiques ne sont que l’expression d’une sorte de marché des langues, selon les termes de Louis-Jean Calvet où l’on s’échange les bons mots comme les bonnes idées par une sorte d’attractivité naturelle, la réalité est parfois plus brutale. Pour s’en tenir à l’époque moderne, citons l’exempledu Cambodge : si plus personne ne parle ni n’étudie le français au Cambodge, c’est que 1,7 milllions de cambodgiens, dont la population la plus cultivée, ont été exterminés par les khmers rouges entre 1976 et 1978 pendant la guerre contre le Vietnam. Et si le français progresse en Afrique anglophone tandis que l’anglais progresse en Afrique francophone, c’est pour que les deux parties de l’Afrique communique l’une avec l’autre sans compter les grandes langues africaines parlées de manière transnationale et qui sont autant de lingua franca. De même, si le français se développe en Chine, loin derrière l’anglais, c’est parce que la Chine s’intéresse à l’Europe, mais aussi beaucoup à l’Afrique francophone. Si les chinois ont le souci de promouvoir la langue chinoise, grâce au développement accéléré d’instituts Confucius dans le monde, la langue chinoise n’est pas pour eux le meilleur moyen de s’exporter ni de conquérir des marchés. L’apprentissage des langues vivantes est un moyen infiniment plus sûr.

Le mot soft power proposé en 1990 par Joseph Nye désigne-t-il un nouveau concept ou est-il une réinterprétation d’une réalité de tous les temps? Brièvement défini comme l’expression d’une stratégie d’influence sans recours à la force, les princes n’ont pas attendu les savantes élaborations des sciences humaines pour pratiquer le soft power. Sans remonter à l’Antiquité,Versailles et le siècle de Louis XIV, quasiment sortis des programmes d’histoire en France, en sont une brillante illustration.

Pourtant, s’il y a bien à l’époque moderne un élément nouveau dans l’utilisation par le pouvoir politique du soft power, c’est justement l’utilisation consciente de la langue comme composante d’une stratégie d’influence. Jusqu’à un passé récent, le développement de la langue avait plutôt tendance à suivre les conquêtes. Les missionnaires et les professeurs prenaient la suite des soldats. Aujourd’hui le soft power peut être utilisé seul – après tout, tous les instituts culturels de tous les pays du monde, sont à leur façon des expressions du soft power – ou il se conjugue avec la diplomatique et les actions de forces.

Depuis la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis ont porté à un niveau très élevé d’élaboration le maniement de la force et du soft power avec comme outils privilégiés de promotion du modèle américain, le cinéma et la langue.

Mais le monde change.

Le soft power américain est durablement affaibli aujourd’hui par trois facteurs. Le premier est le désastre militaire et culturel qu’a représenté l’équipée aventureuse de l’invasion de l’Irak. Le deuxième est la crise mondiale qui a plus qu’ébranlé l’absolutisme des marchés, idéologie dominante des trente dernières années. Le troisième est l’émergence d’un monde multipolaire.

Dans Irak in Translation ou De l’art de perdre une guerre sans connaître la langue de son adversaire, Mathieu Guidère avait montré la faiblesse qu’avait constitué la méconnaissance de la langue arabe par les troupes et les services américains pour les opérations militaires en Irak.

Les Américains seraient-ils sur le point de sortir de leur isolationnisme linguistique et culturel ? Certains signes le prêtent à penser.

Le 23 août dernier, devant une assemblée de 2500 soldats, marins, aviateurs et marines, Leon E. Panetta, secrétaire d’Etat américain à la Défense, fait ainsi une découverte essentielle : “We live in a global world,” he said. “We have to understand that world if we … are going to be able to not only defend this country, but to extend our relationships to others so that we can work together to defend the world that we live in.”

“The reality is that we have to reflect the nation we live in and we have to reflect the world we are a part of,” he continued. “Languages are the key to understanding that world.”

It’s also critical, he said, to the effectiveness of current U.S. military operations.

“If we are going to advance stability in some of the countries we are fighting in today, we have to be able to understand what motivates those countries, what motivates their people, and to understand their culture, beliefs, faiths, ideologies, hatreds and loves. “So it is crucial to our national security to be able to have a strong language ability”.

Signe des temps, lors de l’université d’été du Mouvement des entreprises de France (MEDEF), sur la radio BFM, Fabrice Marchisio, avocat d’affaires au cabinet CVML, signale que les réunions au Japon avec leurs interlocuteurs japonais se tiennent en japonais.

Autre signe des temps : une lingua franca, connu sous le nom de portugnol, mélange d’espagnol et de portugais fait son apparition depuis une dizaine d’années en Amérique Latine

Et qu’en est-il en Europe ? Il faut en revenir à quelques fondamentaux.

D’abord, il faut insister sur le fait que la règle des institutions européennes, c’est le plurilinguisme. Qu’il s’agisse du Parlement européen, du Conseil des ministres, du Comité économique et social ou du Comité des régions, le règlement 58/01 du Conseil, fondateur du régime linguistique de l’Union européenne s’applique, la règle institutionnelle reste le plurilinguisme, c’est-à-dire le respect des langues officielles des états membres. Malgré les nombreuses entorses dont l’OEP ne s’est jamais privé de faire état, il convient de souligner que le principe du plurilinguisme s’applique et doit être réaffirmé avec force.

Du côté du Conseil de l’Europe, qui a toujours joué un rôle de pionnier dans ce domaine, il faut rappeler la Convention culturelle européenne du 19 décembre 1954, qui s’est fixée pour objectif de développer la compréhension mutuelle entre les peuples d’Europe et l’appréciation réciproque de leurs diversités culturelles, de sauvegarder la culture européenne, de promouvoir les contributions nationales à l’héritage culturel commun de l’Europe et ce dans le respect des mêmes valeurs fondamentales en encourageant, notamment, l’étude des langues, de l’histoire et de la civilisation des peuples européens.

Il faut aussi rappeler l’importante recommandation adoptée par le Comité des Ministres le 17 mars 1998, qui préconisait le développement d’une politique de plurilinguisme à grande échelle, notamment dans le domaine de l’éducation et de préciser les moyens d’y parvenir. Cette recommandation faite aux Etats comportait un véritable programme politique de promotion du plurilinguisme dont l’actualité est intacte mais suppose une volonté politique des gouvernements nationaux. La route sera longue, mais il ne faut pas désespérer.

Ed: the second article by the Observatoire européen du plurilinguisme will be posted later this week.

 

Berlusconi: “The man who _____ed an entire country”

I was just reading the online version of The Economist, and was, as always, on the lookout for any language related articles. Johnson, a  blog named after the dictionary-maker Samuel Johnson, features pieces by Economist correspondents  who write about the effects that the use (and sometimes abuse) of language have on politics, society and culture around the world. It has inspired some of my blog posts in the past.

The 10 June 2011 article is titled “The man who _____ed an entire country” and it refers to the cover of this month’s Economist (Europe edition) where the missing word is “screwed” (see image below).

The cover of this month's The Economist (June 2011, Europe edition).

The cover of this month's The Economist (June 2011, Europe edition).

“Screwed”  in English has a double meaning and in discussions of the cover in various media outlets, in other languages, editors are grappling with what word to use to effectively translate the title. For our Language Rich Europe project we had similar debates on whether to translate the project title.

The author concludes “There must be other languages that have a double-duty word that can translate this, but I can’t think of one right now”. So far 102 commentators have tried to help out with their suggestions!

The full post is here: http://www.economist.com/blogs/johnson/2011/06/translation&fsrc=nwl

Jonathan Brennan (Aptalops).

Tire ta langue!

Tire ta langue est un programme radio sur France Culture qui explore la langue française et le multilinguisme à travers des discussions avec des philosophes, auteurs, acteurs, essayistes, linguistes, journalistes et autres.  Créée au milieu des années 1980 par Olivier Germain-Thomas et Jean-Marie Borzeix, directeur de France Culture, le programme était sous la responsabilité d’Antoine Perraud de 1991 à 2006.

Comme expliqué sur le site de l’émission, Tire ta langue explore différentes pistes à travers le thème de la langue:

  • La défense et l’illustration du français et de la francophonie, mais aussi la découverte d’une langue étrangère (Sommet ou journée de la francophonie. Quelle langue pour la science ? Le français malmené à l’ONU. Comment travaillent les commissions de terminologie ? …)
  • L’évolution du français contemporain, de ses variantes régionales ou corporatistes ; ceux qui s’en saisissent, ceux qui étudient une telle évolution (Les nouvelles formes d’argots. De la langue populaire au parler populiste. La langue de la Chine et des puces. La langue de l’écologie…)
  • L’analyse d’un auteur ou d’un genre littéraire (La langue de Marivaux, de Guyotat. La langue du canular. La polémique. Les comptines enfantines…).

 Vous pouvez écouter les différents entretiens sur le site de l’émission Tire ta langue sur France Culture.